5 heures du matin, le jour se lève. Le spectacle est féérique. Le ciel aux couleurs douces d’une aquarelle, réveille ces géants de pierre, dont certains ont encore à leur pied, un évanescent drap de brume. Comment ne pas se sentir privilégiés, reconnaissants d’être là, de profiter de cette nature exceptionnelle, qui ne peut qu’élever notre esprit et ouvrir notre cœur vers une dimension qui nous rend plus présents, plus humbles mais tellement plus riches.

Ce sera sûrement, l’un des plus beaux bivouacs de ce voyage et nous en sommes pleinement conscients. Mais, il faut bien partir, et nous cherchons la piste qui nous permettra de sillonner au pied de ces géants et de pouvoir les admirer autrement. Nous la trouvons enfin. Une partie de celle-ci est plutôt scabreuse mais nous pouvons les approcher. Nous découvrons un profond canyon que nous n’avions pas déceler depuis le haut. Mais voilà, nous allons écourter notre périple, car le ciel devient plutôt menaçant, et nous n’avons pas envie de nous retrouver là, sous la pluie, car, vu les ornières laissées par les autres véhicules, nous nous doutons que le chemin va se transformer en une patinoire de boue. Et heureusement, que nous avons pris cette décision, car la fin de la piste est plus que technique. Nous avons vraiment un véhicule extraordinaire !!

Nous finirons cette belle route asphaltée, jusqu’à  la mosquée souterraine de Beket Ata, haut lieu de pèlerinage. Elle fut fondée au XVIIIième siècle par Beket Myragululy, célèbre religieux et soufi, qui vécut sa vie mystique dans cette mosquée au pied du mont Oustyurt, face à cet univers désertique. Cette mosquée comprend quatre petites salles, dont l’une abrite les restes de Beket Ata, et une autre seulement autorisée aux femmes. Mais pour arriver à la porte de cette mosquée, il va nous falloir descendre un long chemin, à flanc de falaise, sous une chaleur éprouvante. Sur le parcours, des sortes de petits kiosques, avec des bancs sont là pour aider les pèlerins. Avant d’arriver à l’entrée de la mosquée, une source d’eau est prise d’assaut. Mais avec un peu de patience, nous pourrons remplir notre gourde. Et surprise, c’est de l’eau plutôt tiède et salée. Nous arrivons enfin à la porte de mosquée,  où des pèlerins attendent pour entrer. Nous comprenons vite pourquoi, lorsque c’est notre tour, car les quatre pièces sont minuscules et remplies de monde. Bon, nous renonçons à rester plus de quelques minutes,  pour laisser la place à la dévotion. Et ce sera une remontée harassante sous plus de 40 °. De la nourriture, du thé et la possibilité de dormir sont offert aux pèlerins dans cet endroit isolé de tout.

Il va falloir reprendre la piste qui nous fera quitter cette belle partie du Manguistaou, et nous diriger vers Tachkent pour accueillir nos amis. Nous prenons l’option piste, qui nous évite environ 300 kms. Très vite, il va falloir passer en 4 roues motrices, car nous sommes dans le sable. Pour ceux qui ne connaissent pas, il faut que je descende de la voiture et tourne un bitoniau sur le moyeu de chaque roue avant. Et là, je m’enfonce jusqu’au cheville dans une sorte de talc brulant. Inutile de vous dire la poussière que l’on va soulever. Et nous retrouvons le paysage plat et désolé, sur cette piste poussiéreuse et bien défoncée par les ornières et surtout celles des pistes qui traversent la notre. Sur 100 kilomètres, nous auront vu deux troupeaux de chevaux, un de moutons et deux maisons au loin !!! Et toujours cette chaleur implacable.

Lorsque Denis s’arrête, épuisé par cette conduite qui lui demande une attention plus que soutenue, quel spectacle. Nous n’avions jamais vu la Bach’Mobile dans cet état !! Nous avons pourtant l’habitude des pistes, même dans le désert en suivant un autre véhicule, mais là, l’arrière est crépi d’une couche épaisse, et surtout collante de poussière, comme nous ne l’avons jamais vu !!! Je ne parle pas de l’intérieur !!! C’est la désolation !!  Et c’est parti, pour enlever le plus gros, petit balai et soufflette pour l’extérieur,  soufflette et chiffon pour l’intérieur. Il nous faudra de toute façon, tout enlever des tiroirs et nettoyer cette poussière qui s’est infiltrée partout, quand nous en aurons terminé avec les pistes, en arrivant à Tachkent. Et ce qui rend la tâche, encore plus casse-pieds, ce sont ces énormes mouches rayées aux gros yeux rouges, qui se sont littéralement prises d’affection pour nous , et nous étourdissent de leur bourdonnement.

Nous avons eu des soirées magiques, mais celle-ci, nous ne l’oublierons pas, non plus !!!