L’orage continue de nous tourner autour, mais chanceux, nous avons le temps de prendre le petit déjeuner, avant que les premières gouttes ne tombent !!!
Nous reprenons notre petite route en lacet, et nous nous arrêtons dans le village de Khata, où nous avions vu la veille, les remparts d’un ancien château faisant corps avec la montagne et dominant un canyon. Il ne pleut presque plus. Et c’est parti pour une petite grimpette. Il daterait de l’époque romaine, mais a été remanié au moyen-âge par un sultan mamelouk. Dans la partie basse du château, nous y verrons la mosquée, la prison, le bazar. Le palais, dans la partie haute est inaccessible. Un belvédère en verre domine le canyon, avec une vue plongeante impressionnante, d’où nous apercevons un pont romain.
A la sortie de notre visite, nous nous faisons alpaguer par une personne qui nous vante son café turc. Pourquoi pas ?? Nous ne savons pas vraiment ce que nous avons bu, une chose sûre, ce n’est pas du vrai café, mais ce n’était pas mauvais. Pour la petite histoire, je craque sur l’achat d’un pot de miel pour soutenir les personnes ayant souffert du tremblement de terre de 2023. Vu le prix que je le paye, Denis est au bord de la crise cardiaque. J’espère simplement que l’argent ira bien aux bonnes personnes !!!
Nous roulons vers la ville de Diyarbakir qui sera notre point de chute. Au niveau paysage, nous passons de la montagne à la morne plaine et sa culture intensive. Il faut préciser que nous sommes maintenant en Mésopotamie, dans le croissant fertile de l’antiquité. Fertile, grâce aux fleuves Tigre et Euphrate, région matrice de nos civilisations, où serait née l’agriculture et l’écriture.
Après ce petit rappel antique, revenons à aujourd’hui. Je n’ai pas encore parlé du Kurdistan turc. Nous y sommes en plein dedans depuis quelque jours déjà. Le conflit entre les kurdes et les turcs dure depuis 1923. Les turcs refusent de reconnaitre l’autonomie des kurdes étant donné que cette région possède le pétrole et l’eau. Il s’en suit une interdiction de la langue, des noms kurdes, et une déportation massive des kurdes vers l’intérieur du pays. En 1984, est formé le PKK, le parti travailleur kurde. La lutte armée a fait plus de 40 000 morts. Nous arrivons dans cette région à un moment historique, où le PKK a officiellement déposé les armes depuis le 25 avril de cette année !! Pourquoi je parle de ce conflit, c’est parce que Diyarbakir est la capitale historique du Kurdistan turc.
Maintenant, je vais parler de la ville elle-même. La vielle ville est ceinte d’une muraille de pierres basaltiques, qui serait la plus grande après la muraille de Chine, quand même !!! Du fait de la couleur de cette pierre, on l’appelle aussi la ville noire. Et nous l’avons trouvé….qui ça ??? le Tigre. Il s’étire aux pieds de la ville !!!
Nous choisissons de bivouaquer carrément au centre de la vielle ville, proche de tous les sites historiques. Nous sommes près d’une petite mosquée, où nous avons accès aux toilettes, dans un quartier très surveillé par la police.
Il fait déjà nuit, et nous allons nous balader au fil des rues animées, colorées. Nous arrivons par hasard devant la grande mosquée. Nous entrons dans la cour centrale, et nous sommes ébahis par la beauté du bâtiment astucieusement éclairé, et presque intimidés, car c’est le moment de la prière.
Lorsque nous sortons, nous sommes abordés par une personne parlant très bien français. Nous commençons à échanger avec lui et son ami et nous nous retrouvons bientôt autour d’une table à boire le çay. Ce qui est étonnant, c’est que vous vous asseyez, vous ne commandez rien, le çay arrive, vous repartez et vous ne payez pas !!! Nous discutons un bon moment, et ils nous proposent de découvrir les petits endroits où nous pourrions écouter de la musique locale. Ce sont des petites rues joliment illuminées avec des lampions, mais la musique qui sort des différents établissements est vraiment très forte.
Nous assistons à un défilé de personnes portant d’une main une torche et de l’autre le drapeau turc au-dessus de leur tête. Siraç nous explique que c’est justement pour commémorer la réconciliation entre les Kurdes et les Turcs, un espoir de paix durable. Les gens dansent dans la rue nous invitent à participer à leur joie en dansant avec eux, nous filment. C’est un moment très fort de liesse. Deux étudiantes nous abordent et nous finirons par ….boire le çay et discuter tous ensemble. Cette soirée restera un excellent souvenir.